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Essai
Publié le 11/06/2008 à 12:00 par arrakis
Les conversations sur le quotidien ou les grandes questions sont rarement commencées entre algériens pour ne pas finir sur un constat d’échec et d’inutilité. Dans ce bled, rien ne sert à rien. Tout n’est qu’apparence. Dans les cafés ou les bureaux, dans la rue ou dans les maisons, on finit toujours par arriver à la conclusion de l’impossible. C’est dans cet état d’esprit que la société algérienne baigne depuis bien des décennies. Tagué sur les murs ou tatoué sur les bras, le non futur vermine le cerveau des algériens. Un ami étranger nous entendant palabrer au cours de ces conversations bien de chez nous, nous lança : « mais pourquoi êtes vous si négatifs ? ». Négatifs ? Nous ? Mais nous ne sommes pas négatifs, nous sommes réalistes ! Notre réalité est telle ! Appelez le comme vous voulez mais c’est justement ce réalisme qui nous fige. D’où ça nous vient ? Est-ce un manque total de volonté ? Est-ce mentalité d’assistés ? Est-ce fainéantise naturelle et grande gueule du méditerranéen ? Les Est-ce pourraient constituer toute une liste, mais au fond, est-ce peut-être un manque de confiance en nous mêmes, qui finit par nous faire croire que, ailleurs c’est toujours meilleur et qu’ici ça ne peut être que pire ? Et la question finale ne serait-elle pas : manquons nous de rêves ? Certainement pas. C’est le propre de L’homme d’avoir des rêves. Il y a juste que les rêves, on peut les tuer. Et les armes ont été nombreuses depuis près de deux cents ans d’Histoire, pour tuer les rêves d’un peuple et de tout un chacun. Elles s’appellent colonisation, dépersonnalisation, appauvrissement, acculturation, unicité de la pensée, corruption, intégrisme… enchaînés les uns aux autres. Avouez qu’il y a de quoi délabrer les esprits de générations entières. De sorte que les algériens se sont transformés en participants d’un immense survivor ! Un jeu où la survie même est l’enjeu, avec tous les comportements qui lui sont inhérents : ruse, mensonge, roublardise…. A ce moment là, nous retournons simplement à notre condition animale première. Première pas dans le temps, mais celle à la racine de nos êtres, couverte par plusieurs enveloppes d’Histoire. L’Algérie est riche d’une histoire, certes tumultueuse, mais où plusieurs civilisations se sont croisées et succédées, laissant leurs traces aussi bien sur les pierres que sur les esprits. Les gens n’en sont simplement plus conscients. Faire revivre cet héritage, en faire une semence qui pourrait donner naissance à un algérien nouveau, est notre défi à tous. Pour cela, nous devons reconquérir toute notre histoire, assumer nos douleurs, en faire un désir de construction et non pas de destruction continuelle. En un mot, les algériens ont besoin de grandir.
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