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arrakis Description du blog :
petites nouvelles et autres commentaires Catégorie : Blog Société Date de création :
24.09.2007 Dernière mise à jour :
11.06.2008
Ma mémoire se perd, loin dans le passé, lorsque j’essaie de remonter le cours du temps. Il y a si longtemps que, moi, Amoeba, j’erre dans cette immensité aqueuse. Nous sommes si nombreux, et la nourriture si rare, que les moindres débris flottants entraînent souvent une tuerie. Telle est la survie ! J’ai survécu…mais plus pour longtemps ! Je me rends compte à l’approche de la mort que je sens déjà envahir mon être, que l’ironie va très loin : ce sont les plus forts qui survivent et qui auront par conséquent faim le plus longtemps ! J’ai survécu car j’étais forte. Mais au bout du compte, ça m’a valu une mémoire qui s’use de fatigue et de vieillesse, une faim qui étreint toujours et un désespoir naissant. La faim m’importe peu maintenant. Alors je prends le temps qui me reste à observer mes congénères s’entretuer pour survivre, en attente de la délivrance. La délivrance viendra, disent-ils, par la créature. Elle est si immense qu’on ne distingue même pas ses contours. Elle nous emmènera loin, vers des horizons plus cléments, où tuer pour manger ne sera plus nécessaire. Il reste encore cette vieille folle qui le raconte tout le temps, elle l’a vu, crie-t-elle à ses moments de démence, il y a bien longtemps, bien avant que les plus vieux d’entre nous ne viennent au monde ! Je me demande pourquoi elle tarde à mourir pour ne plus entendre ses balivernes !
Dans la brume de l’aube, les habitants du sol n’avaient même pas le temps de fuir à son passage. Il avançait, naseaux fumants, écrasant sur sa route tout imprudent qui traînait ! Il se souvenait bien de cette mare boueuse où il s’était désaltéré quelques jours auparavant. Sa soif le guidait instinctivement, sentant la présence de l’eau toute proche. Au détour d’un grand buisson, il vit la petite mare, gorgée d’eau et s’y dirigea prestement. Plongeant sa gueule, il se mit à boire longuement, aspirant de longues gorgées. Les légers remous qu’il provoquait créaient des ondes qui mourraient sur les bords.
Amoeba n’eût même pas le temps de s’accrocher à quoi que ce soit, quand un fort courant l’entraîna violemment. Elle ne pouvait rien comprendre de ce qui se passait, seulement voir que le courant l’emmenait, ainsi que nombre de ses congénères, vers un trou noir, béant. Butant contre un obstacle, elle s’y retint avec toute la force qui lui restait, la peur étreignant toutes ses fibres. Elle essaya de voir autour d’elle. Les autres étaient dans un état de panique indescriptible. Seule la vieille, qu’elle aperçut plus loin, semblait dans un état de bonheur qui confirmait définitivement sa folie.
Mais brusquement, un éclair violent la traversa. La vieille folle avait-elle raison ? Est-ce la créature ? Est-ce vraiment la délivrance ?
De la peur qui l’éclatait, Amoeba passa à un état de bonheur soudain, celui qu’on éprouve lorsque l’espoir qu’on a abandonné, renaît sans crier gare. C’est à ce moment qu’elle lâcha prise sans même essayer de contrôler ses mouvements pour se laisser entraîner vers ce gouffre si noir.