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Nom du blog :
arrakis
Description du blog :
petites nouvelles et autres commentaires
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
24.09.2007
Dernière mise à jour :
11.06.2008

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Le douar

Le douar

Publié le 06/10/2007 à 12:00 par arrakis
Most’fa était entièrement déversé au pied du haut doum qui gardait sidi Boudouma , le marabout du coin, depuis facilement cent ans. Le bougre se maintenait comme il pouvait depuis qu’il avait commencé à perdre les pédales. Son père et sa mère avaient définitivement renoncé à lui procurer ses médicaments. Des trucs qui soignent la tête. L'état de leur fils ne les dérangeait pas trop, du moment que celui-ci ne leur tournait pas trop autour. En fait, il passait la majeure partie de son temps à errer dans le maquis. A ses moments de crise, il disparaissait, puis un beau jour il retombait du ciel, au détour d’un virage, les habits en haillons et les cheveux explosés. Pas beau à voir. Une fois, je l’ai pris en stop sur deux cents mètres de distance. Il a fallu une bonne heure pour que l’odeur disparaisse de la voiture. D'autres fois, lorsque je me trouvais en plein terrain, il surgissait des buissons, me donnant une frayeur à me figer les fluides vitaux.

Farid, le cadet de Most’fa, les cheveux toujours gominés, semblant si normal, cachait bien son jeu. Avec le temps, on s'était bien rendu compte que lui aussi présentaient des manifestations bizarres du comportement.

En fait, à bien y réfléchir, toute la famille est drôlement bizarre ! La mère, par exemple, la tante Bachtola, a…comment dire… un regard fouinesque, une vraie sorcière ! Le père, lui, est handicapé et se déplace avec des béquilles ou à moto-handicap. Mais quel fut mon choc lorsqu'un jour je l'ai surpris, sur les rives isolées d’un lac, à gambader comme un impala en chaleur, à bastonner les carpes qui s'aventuraient à la surface de l'eau. J'ai vite renoncé à donner une signification à ce mensonge. Je crois même qu'il n'y en a pas. En fait si, il devait sûrement percevoir une pension d’invalide sur le dos de la république.

Chrif. Lui c’est l’aîné, celui qui a gardé toute sa tête. Mais à bien y réfléchir encore, on ne peut pas s'empêcher d'avoir des doutes à ce sujet lorsque, par un grand hasard, on arrive à apercevoir sa femme, Ninyia. Oui, disons qu'elle est… indescriptible ! D'ailleurs, un jour où la mère a voulu la faire divorcer de son fils, celui-ci, tenant à sa belle, menaça de se pendre haut et court au plus proche chêne-liège.

Il paraît que ces gens farouches et mystérieux, avaient été brutalement déracinés de leurs habitations, situé sur les rives les plus sauvages du lac Oubeira. Une crue les avaient transplanté aux abords du douar El Mal’ha, à côté du pont de la république, départementale 109, la civilisation !

Je dois admettre qu'ils furent autrement plus brutalisés, lorsque nous débarquâmes dans le coin, étudiants en préparation de mémoires de fin d'études, dans ces zones à la nature si sauvage. Ils étaient nos voisins mitoyens.

Eté oblige, nous nous baladions, garçons comme filles, en petites tenues. Cette petite communauté mixte à un mur de distance, était un sujet de grande curiosité pour nos voisins. Constamment épiés, nous avions fini par nous y habituer et à entretenir avec eux de bons rapports de voisinage, c'est-à-dire à des dépannages domestiques en tous genres. Je pense néanmoins que nous n'étions pas d'aussi bon voisins car, encore réglés sur le nycthémère local, lever à l'aube et coucher au crépuscule, ils devaient garder un très mauvais souvenir de nos fiestas improvisées sur le gazon, jusqu’au milieu de la nuit, sono tonitruante. Sans aucune plainte.



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